estonie

Europe, Numérique, Technologie

L’Estonie est le royaume du tout numérique

Depuis que le pays a pris son indépendance en 1991, à la suite de la chute de l’URSS, le virage du tout numérique a été pris avec succès en Estonie. Ne dites pas Estonie, mais plutôt e-Estonie. Ce petit pays de 1,3 million d’âmes, membre de l’Union européenne depuis 2004, est aujourd’hui devenu une référence mondiale en matière de numérique.

Pourquoi ? Parce que du côté de Tallinn, le digital est devenu un réflexe pour la majeure partie de la population dans son quotidien, concernant aussi bien ses rapports avec les services publics que les entreprises privées.

Pêle-mêle, les Estoniens peuvent, en utilisant une carte d’identité électronique, adoptée par 98 % de la population, voter, accéder aux transports en commun, régler leurs impôts, suivre les résultats de leurs enfants à l’école, ou encore effectuer une demande de subvention agricole. De même, les ordonnances médicales sont totalement dématérialisées et stockées en ligne. Il suffit ainsi de présenter sa carte d’identité électronique en pharmacie pour récupérer ses médicaments. Pour les Estoniens, cela signifie moins de paperasserie, moins de bureaucratie, et in fine un important gain de temps et d’argent, puisque le pays économise l’équivalent de 2 % de PIB par an.

Ce passage au tout numérique, l’Estonie l’a aussi adopté pour donner un coup de fouet à son économie. Voilà pourquoi, en 2014, elle a créé un statut dit de « e-résident », aujourd’hui détenu par plus de 33.000 personnes. Accessible à tous les étrangers, il permet à chacun de créer son entreprise, et ensuite de la gérer à distance, à l’autre bout du monde, tout en bénéficiant localement d’une fiscalité avantageuse. En quatre ans, 3.000 nouvelles entreprises ont vu le jour grâce à ce système. En ce moment, il est notamment particulièrement prisé des entrepreneurs britanniques qui y voient une solution pour rester dans le marché européen après le Brexit.

Face à une telle masse de données, l’Estonie doit aussi se prémunir contre un risque majeur : les cyberattaques. En 2007, en pleine crise avec la Russie, le pays a été victime d’un piratage de grande ampleur qui a perturbé pendant plus de deux semaines le fonctionnement des sites institutionnels, des banques, mais aussi des médias. Tallinn dit avoir fait de la cybersécurité une priorité depuis cet épisode.

Pour éviter une nouvelle crise, l’Estonie va ouvrir cette année au Luxembourg une ambassade d’un genre nouveau : une « data embassy ». Décrite comme une extension du gouvernement estonien sur le cloud, cette « ambassade » consiste en réalité à disposer de serveurs en dehors de son territoire pour sauvegarder une copie des données et assurer la continuité de ses services publics en cas de cyberattaque.

C’est ce modèle « tout-numérique » que l’Estonie entend défendre pour l’exporter à l’international au sein des 28 autres Etats-membres.