Salaire

Economie, Europe, Société

Le salaire minimum, un pilier difficile à construire

Sujet épineux en ce début de semaine, le salaire minimum uniformisé est toujours un pilier difficile à construire à l’Europe. Témoin des énormes disparités de niveau de vie au sein de l’Union, le montant du salaire minimum légal varie de 1 à 9 dans les 22 pays qui l’ont adopté, ce qui rend particulièrement complexe son harmonisation au niveau européen.

Brandi par ses promoteurs comme un des bases essentielles de l’Europe sociale, ce projet se heurte en effet à de fortes résistances, au nom de la compétitivité, de la souveraineté ou du risque de nivellement par le bas.

Mais, face à la poussée eurosceptique, la Commission européenne est passée à l’offensive pour tenter de démontrer que l’Union européenne (UE) ne se résume pas à un marché commun, mais a aussi un visage social.

La première pierre a été posée le 17 novembre 2017 à Göteborg, en Suède, où les 28 ont signé un « Socle européen des droits sociaux ».

Le texte énonce, parmi 20 principes fondant l’Europe sociale, que des « salaires minimums appropriés » doivent être garantis dans tous les pays européens. Ils doivent être fixés de manière à « satisfaire aux besoins du travailleur et de sa famille compte tenu des conditions économiques et sociales du pays, tout en sauvegardant l’accès à l’emploi et les incitations à chercher un emploi ».

Mais cette déclaration, non contraignante, n’a qu’une portée symbolique. Et il ne pourrait en être autrement, car « les traités européens stipulent bien que les salaires relèvent de la compétence nationale », rappelle Claire Dhéret, cheffe du département Emploi et Europe sociale à l’European Policy Centre (EPC), basé à Bruxelles.

Les disparités sont donc extrêmes avec des minima, selon l’Office Européen des Statistiques, qui s’échelonnaient en 2017 de 235 euros en Bulgarie à 1.999 euros au Luxembourg. Les chiffres d’Eurostat révèlent en outre une dichotomie entre l’Est et l’Ouest. D’un côté, dix pays de l’Est ont des salaires minimums inférieurs à 500 euros, de l’autre, sept pays de l’Ouest ont des salaires minimums qui dépassent 1.300 euros. Ceci est dû à l’écart de pouvoir d’achat entre les différents Etats-membre.

L’Europe ne souhaite donc pas proposer un salaire unique, mais il propose d’appliquer, selon les capacités de chacun, un pourcentage du salaire médian qui serait à définir. Mais parmi les arguments phare en faveur d’un salaire minimum européen figure bien sûr la lutte contre le dumping social. Un dossier suivi de très près par les partenaires sociaux.