Commémorations des attentats - Témoignages - 22 mars

Bruxelles

Commémorations des attentats – Témoignages

Toute personne qui ne s’est pas encore manifestée, mais qui se sent victime physique ou psychologique, directe ou indirecte, est appelée à contacter les services mis à disposition via un guichet unique qui est joignable au 00 32 471 12 31 24 ou par mail: terrorvictims@just.fgov.be

Vous souffrez d’un syndrome post-traumatique Vous pouvez contacter le Centre de Psychotraumotalogie, antenne belge de l’Institut de Victimiologie de Paris. Toute les les infos sur www.centremontoyer.be

Vous êtes victime ou famille de victime? Vous pouvez rejoindre l’association Lilfe4Brussels qui accompagnement dans le suivi des dossiers, sensibilisation et prévention via Facebook sur facebook.com/photosvictimesattentats/

Pour la commémoration des événements tragiques du 22 mars 2016, BXFM a décidé de laisser s’exprimer les victimes de ces actes en vous proposant des témoignages forts. Ces victimes, devenus des héros anonymes malgré eux, ont prêté main forte dans un élan de solidarité rarement égalé et ne veulent pas sombrer dans la haine et la colère faciles. Angélique, Cécile, Florence, Marc, Simion, Christelle, Jamila, voyageurs, pompiers, contrôleurs aériens, infirmiers, notre reporter Alessandra d’Angelo les a rencontrés. En exclusivité, ils nous rapportent leurs messages d’espoirs.

Le premier hommage est rendu aux services d’intervention. « Une scène de guerre » nous dit Alexis Pauwels, pompier, caporal de la 14ème compagnie, infirmier urgentiste à Anderlecht. « Lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, toutes les victimes qui avaient pu fuir étaient déjà sorties du métro. Elles se sont retrouvées rue de la Loi et ont été aidées par des agents du groupe Securitas de la Commission européenne. Nous avons immédiatement créé, avec deux infirmiers, un poste médical avancé (PMA) dans un hôtel. Je suis ensuite parti dans la rame. Le silence qui y régnait m’a glacé le sang. Puis, une vision d’enfer que je ne pourrai jamais oublier. Dans un contexte pareil, de médecine de guerre, notre équipe a fait preuve d’un sang-froid et d’une efficacité remarquable. Mais si dans notre métier, on essaie de relativiser pour évacuer le stress, jamais je n’aurais imaginé vivre ce que j’ai vécu. Une chose est sure, on n’est pas préparé à gérer les émotions qui vous envahissent. Et si sur l’instant on tient, après, c’est la culpabilité qui vous envahit, avec un sentiment de ne pas avoir fait assez. On sait cependant que le travail doit reprendre, c’est notre métier. Alors, on retourne à la caserne, on nettoie le matériel et on rééquipe les ambulances en prévision de nouvelles interventions futures. »

« Je ne l’ai pas lâchée », nous explique, Angélique, cette liégeoise, mère au foyer, Liège. « J’étais à Zaventem, à l’enregistrement, allée 10, lorsque les deux bombes ont explosé. J’accompagnais mon mari et ma fille, Aïcha qui devaient s’envoler pour le Pakistan. Ils venaient juste d’enregistrer leurs bagages, lorsqu’il y a eu une première explosion, à notre droite. Sur le coup, on n’a pas bien compris. Elle n’était pas très forte, des poussières, comme des confettis tombaient du plafond. On a cru à un gros pétard. Mais lorsque la deuxième a retenti sur notre gauche, mon mari a juste eu le temps de crier : couchez-vous à terre ! On s’est ensuite relevés, j’ai attrapée Aïcha par le bras et j’ai couru, entre les décombres, vers la sortie. Pendant tout ce temps, Aicha ne m’a pas quittée, comme collée ! Aujourd’hui, un an plus tard, elle est toujours traumatisée. Elle ne parle presque plus et pense au suicide. Mais, on se bat pour qu’elle aille mieux, sans colère et sans haine »

La petite Aïcha, 10 ans, n’a pas été blessée mais elle a développé ce que l’on appelle un syndrome post-traumatique. Le psychiatre, Nadia Kadi, responsable du Centre de psychotraumatologie, situé à Bruxelles, reçoit en consultation plusieurs victimes, témoins directs ou indirects des attentats. Elle nous explique: « le trouble de stress post traumatique se caractérise par le développement de symptômes spécifiques chez une personne exposée à un événement traumatique intense mettant en danger sa sécurité physique ou psychique, mais aussi chez tout témoin d’un tel fait (services de secours, soldats, travailleurs humanitaires, journalistes, etc). Quand l’événement a été mal digéré, les réactions de l’individu face au trauma vécu peuvent être très variées: cauchemars, anxiété, perte du goût de vivre, hyper vigilance, dépression, avec un risque majeur de suicide, et même le développement de conduites addictives comme la drogue et l’alcool. Différentes techniques de prise en charge thérapeutiques existent, parmi lesquelles l’EMDR. »

« Le jour où la bombe a explosé à Maelbeek », nous dit-elle, « restera gravé dans ma mémoire. Je travaille dans un bâtiment situé juste devant la bouche de métro. Avec mes collègues, j’étais aux premières loges. Cela a été terrible de vivre le drame, impuissants. Il m’était impossible de rester sans rien faire. » Jamila A. va donc réunir des forces vives bénévoles et faire également appel à la générosité de diverses enseignes. « J’ai été véritablement émue de voir un tel élan de solidarité. Patrick, par exemple, est allé décorer les chambres d’hôpital de plusieurs victimes pour les rendre moins cafardeuses. Grâce à PlayAndPeace, les enfants d’Abdallah (Soufian et Nouhade), dont l’épouse est décédée à Zaventem, ont pu réaliser l’un de leurs rêves: monter sur le terrain aux côtés des deux capitaines d’équipes, lors d’une rencontre amicale entre le RWDM et l’Union Saint-Gilloise. Nous avons aussi reçu des peluches pour les enfants et certains ont eu le bonheur, accompagnés de leur famille, de se rendre à Disneyland Paris. Bernadette, fortement blessée à la tête, a, quant à elle, pu partir se reposer gratuitement avec ses deux enfants, dans un centre de vacances. On a aussi des spécialistes et psychologues qui nous ont proposé de suivre les victimes gratuitement. Et ceci sans compter tous les autres nombreux gestes, même symboliques, mais puissants ».

L’association Life4Brussels se donne aujourd’hui une triple mission: continuer à soutenir les familles, quelle que soit leur nationalité, victimes du terrorisme ainsi que leurs proches, collaborer avec l’Etat pour le suivi des dossiers médicaux et agir en termes de prévention. « Nous voulons montrer aux victimes des attentats ainsi qu’à leurs familles qu’elles ne sont pas seules et que nous pensons chaque jour à elles. Nous voulons aussi dire au monde entier que nous sommes plus forts que la haine et la terreur et que nous resterons unis! », peut-on lire sur la page facebook Life4Brussels.