Liberté d'expression en Turquie

Europe, Société

Liberté de presse, le Conseil de l’Europe épingle la Turquie

La Turquie a été récemment étrillée par le Conseil de l’Europe à propos de la liberté d’expression et dangers restrictifs. L’institution européenne dénonce le « chemin dangereux » emprunté par le pays dirigé d’une main de fer par le président Erdogan. L’espace du débat public se réduit comme une peau de chagrin en Turquie. Cette dégradation de la situation s’est certes produite dans un contexte très difficile, mais ni la tentative de coup d’Etat, ni les menaces terroristes pesant sur la Turquie ne sauraient justifier des mesures qui portent si gravement atteinte à la liberté des médias et à l’état de droit.

Le Conseil de l’Europe, dont la Turquie est membre depuis 1950, dénonce notamment le « harcèlement judiciaire » dont sont victimes des catégories entières de la société turque. Parmi eux: les journalistes, les députés, les universitaires et de simples citoyens. Plus d’une centaine de médias ont été fermés depuis le coup d’Etat manqué du 15 juillet. La quasi-totalité des journaux affichent désormais une ligne pro-gouvernementale. La censure sur Internet est fréquente.

Si la Turquie est classée 151e au classement mondial de la liberté de la presse, avec un nombre record de journalistes en prison, ce n’est pas le seul pays qui voit la liberté d’expression dangereusement se restreindre. L’ONG américaine Freedom House, qui publie fréquemment des rapports sur la liberté d’expression sur Internet, constate après une analyse pays par pays que la liberté d’expression recule de manière constante dans le monde depuis 5 ans.

Listant les barrières légales, techniques et politiques à la liberté d’expression en ligne, l’ONG s’attarde notamment sur les cas de censure généralisée par blocage de sites Web, et établit un classement général des pays les plus répressifs et les plus libéraux en la matière. Sans surprise, la Chine arrive en dernière position du classement, parmi 19 pays où le Net est jugé « non libre », derrière la Syrie et l’Iran. Les « bons élèves » sont l’Islande, l’Estonie, le Canada ou l’Allemagne.

Nouvelle tendance globale relevée par l’ONG: « Les gouvernements font de plus en plus pression sur les particuliers et le secteur privé », à travers des groupes comme Alphabet (ex-Google), Facebook ou Twitter, pour que ces derniers retirent des contenus plutôt que de les censurer directement. Rappelons que cette liberté d’expression procède de la faculté de communiquer entre humains, phénomène naturel conditionnant la vie sociale et érigée en liberté individuelle, aujourd’hui juridiquement garantie.