Diplomatie numérique

Economie, Europe, Société

La diplomatie numérique, un métier d’avenir?


La technodiplomatie, une notion qui interpelle puisque le Danemark a annoncé qu’il allait nommer un « ambassadeur du numérique » auprès des entreprises qui sont installées à la Silicon Valley aux Etats-Unis.

Il ne s’agira pas d’un simple conseiller sur les questions numériques, mais bel et bien d’un diplomate représentant directement son pays. Le royaume scandinave justifie ce geste politique, le premier du genre dans l’histoire des relations internationales, en soutenant que les multinationales comme Google et Facebook sont « une nation d’un nouveau genre » face à l’accès à l’information, le numérique, le développement de la robotique et de l’intelligence artificielle

Si, à première vue, cette annonce faite fin janvier par le ministre danois des Affaires étrangères, Anders Samuelsen, peut ressembler à un coup de communication, elle est en réalité très sérieuse et soulève nombre de questions dans le domaine des relations européennes et extra-européennes. Car bien que le poste ne soit pas encore pourvu et que les détails de sa mission restent flous, cet « ambassadeur » ne sera pas un simple conseiller spécialisé dans le numérique, mais bien un diplomate officiel, du rang d’ambassadeur. A priori, cet ambassadeur devrait donc effectuer des tâches similaires à celles de ses collègues, négociant au nom du Danemark, au même titre que le dialogue diplomatique entretenus avec des pays étrangers.

Le gouvernement danois ne s’en cache pas, il classe désormais le poids lourd de la Silicon Valley au même rang que certains Etats. Ne fut-ce qu’au regard de leur valeur boursière, Apple et Google pourraient d’ailleurs quasiment intégrer le G20.

Mais l’influence de ces géants des nouvelles technologies va bien au-delà de la sphère économique. Selon une étude du cabinet Fabernovel, le moteur de Google représente 90% des recherches sur Internet, et Apple représente 45% du trafic sur le Web via mobiles, Cette étude met aussi en lumière qu’aux Etats-Unis, 16% du temps passé en ligne est consacré à Facebook, et que près de 40% des consommateurs utilisent AmazonFresh pour faire leurs courses. Airbnb a révolutionné le monde de l’hôtellerie, Uber celui du transport privé et Netflix celui de la consommation de certains biens culturels.

L’influence de ces sociétés sur la vie des citoyens est donc considérable. La modération des contenus, l’évasion fiscale, ainsi que la question de la protection des données privées ou encore les « fake news et les guerres de l’information avec la Russie » devront faire partie du « dialogue diplomatique » que ce nouvel ambassadeur du numérique va engager avec les acteurs de la Silicon Valley. Cette technodiplomatie sera-t-elle amenée à supplanter la diplomation habituelle ? Affaire à suivre…