Paul Magnette

Europe, Qui est qui

Qui est Paul Magnette, cet homme qui a dit non au CETA?

Ces dernières semaines, on a énormément entendu parler de Paul Magnette et du CETA, le traité de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada. Si un accord semble avoir été finalement dégagé en Belgique, un homme, qualifié par la presse d’irréductible gaulois, a bien failli tout faire capoter. Mais qui est donc Paul Magnette, cet élu de gauche, wallon, ministre-président, finalement peu connu à l’Europe?

Carrière universitaire

Paul Magnette, né en 1971. Avant de devenir responsable politique, il a d’abord eu une carrière universitaire de premier plan. Professeur de science politique, Magnette a acquis très jeune une réelle aura dans la science politique européenne. Il a développé en quelques années une véritable œuvre universitaire consacrée à l’intelligence du processus d’intégration européenne de ses origines au traité de Lisbonne. Son impressionnante bibliographie recèle des réflexions d’une grande intensité. Elle en fait un des rares responsables politiques qui associe à sa pratique des institutions européennes une dimension intellectuelle et théorique sophistiquée.

L’ascension

Spécialiste des questions européennes, c’est pourtant au niveau local que Paul Magnette a fait son entrée en politique. Personnalité respectée de l’Université, il a d’abord été chargé par Elio di Rupo, alors patrons des socialistes belges, de mettre de l’ordre à Charleroi. où des affaires de corruption entachaient l’image du Parti Socialiste et mettaient en péril son hégémonie politique locale. Elio di Rupo confia ensuite à Paul Magnette un portefeuille ministériel en Wallonie, avant sa nomination au gouvernement fédéral au ministère du Climat et de l’Énergie. En quelque mois, le jeune universitaire devenait l’étoile montante du Parti Socialiste en Belgique.

Plongé presque subitement dans l’arène politique, wallonne, belge et européenne, Paul Magnette apparaît ainsi très tôt, dans une Belgique en plein bouleversements institutionnels, dans une Europe vivant désormais les conséquences d’une crise protéiforme devenue depuis une crise de régime. Il est un acteur prédisposé à jouer un rôle majeur dans la vie politique de son pays et de l’Union européenne.

Les conséquences de son refus

Parfait connaisseur de l’Union européenne, très attentif et actif acteur de ses institutions, Paul Magnette peut-il n’avoir pas mesuré, avec le CETA, les conséquences de son refus politique? Assurément pas. Le tollé provoqué par sa décision était probablement un des objectifs définis par le ministre-président de Wallonie. Paul Magnette partage avec son collègue espagnol Pablo Iglesias ce rare talent faisant de lui à la fois un excellent politiste et un fin politique, trop conscient de la fragilité actuelle des régimes politiques nationaux et de celui de l’Union européenne pour ne pas avoir su très tôt que sa décision ne heurterait pas seulement le gouvernement fédéral belge mais pourrait embraser la vie politique de l’UE.

L’un des ouvrages les plus importants de Paul Magnette est incontestablement son Régime politique de l’Union européenne, paru aux Presses de Science Po. Les différentes éditions témoignent d’un effort de mise à jour constant renforçant sa puissance d’analyse. En 2009, confiant dans le régime politique de l’UE, il écrivait que l’Union européenne, même « quand elle protège et préserve les prérogatives de ses Etats-membres avec un luxe de précautions procédurales inégalé, peut laisser un espace réel à l’expression du parlement et à la confrontation des visions du monde ». De visions du monde, il est évidemment question aujourd’hui à l’Europe dans une Union fragilisée et très certainement en crise.

Le CETA?

Les journalistes Joséfa Lopez et Maxime Vaudano du journal Le Monde nous résume le traité en une vidéo.